Joël Beyler est directeur de la coopérative d’emplois ArtEnRéel, fondateur du label #14, président de la Fédélab et producteur de spectacles via la structure ArtEnRéel#1 (parmi d’autres casquettes !)
Peu de temps après la fin du confinement, nous l’avons rencontré pour évoquer son parcours, mais aussi ses projets musicaux, l’avenir de la filière, et les dispositifs de soutien qu’il met en place en faveur des porteurs de projets dans le secteur des musiques actuelles.

“Ce qui m’anime, c’est le soutien aux artistes, aux artistes musiciens et du spectacle vivant”
“Une fois que tu mets le doigt dans l’engrenage , t’es pris de passion”

Un parcours atypique et engagé

Après une formation dans le domaine de la gestion, Joël Beyler travaille pour l’OGACA, puis pour d’autres structures culturelles ou œuvrant dans le champ artistique.
Il analyse un certain manque de compétences en gestion, comptabilité et administration dans le secteur culturel, et tente d’y apporter des réponses innovantes.

” Je suis vraiment un entrepreneur dans l’âme, je suis à l’initiative de pas mal de choses et puis ensuite ça vit …”

Avec la création du label #14 en 2014, il cherche des solutions à la révolution du marché de la musique et à sa numérisation massive.
Comment articuler les démarches artistiques aux logiques économiques du secteur ?
Quelles dynamiques portent aujourd’hui le secteur de la musique enregistrée, de l’édition, en numérique et en physique ?
Et quel équilibre avec l’économie de la musique live ?

“Comment soutenir les artistes sur la production phonographique […] sachant que tous les artistes ne trouvent pas des labels ?”

Un début d’année 2020 compliqué

La crise sanitaire liée au covid-19 et le confinement ont évidemment fortement impacté l’activité du label :
La tournée de l’artiste Claire Faravarjoo (qu’on avait rencontrée à l’occasion de la sortie de son premier album Nightclub) a dû être reportée.
Comment, dans ce contexte, maintenir une dynamique de promotion et de diffusion ?
La même question s’est posée pour le groupe The Yokel, soutenu aussi par le label #14.
Et au-delà de ces problématiques liées au label, comment Joël Beyler analyse-t-il l’impact du confinement sur la filière musicale ?

“Ce que j’ai pu lire laisse entendre une forte baisse du streaming, et des revenus liés au streaming”

Une question qui touche bien sûr son label, mais aussi tous les labels indépendants, qu’il soutient par le biais de la Fédélab, dont il est président.

Une logique fédérative centrale dans sa démarche professionnelle

“C’est une fédération de labels indépendants sur le Grand Est, qui regroupe des structures associatives, mais aussi des entreprises, des sociétés commerciales (…] on fédère 25 labels indépendants.”

Quel est l’historique de cette fédération, dont les missions s’élargissent aujourd’hui à toute la région Grand Est ?
A l’origine fédération alsacienne, la Fédélab s’est associée aux démarches de la Flippe et du POLCA. Depuis 2018, elle est devenue la structure fédérative de référence pour les labels dans la région Grand Est.
A quelles problématiques la création de cette communauté répondait-elle ?
Quelles sont aujourd’hui ses missions ? Comment soutient-elle la filière phonographique de la région ?

“C’était l’époque où je lançais #14 records avec une intuition forte de ce qu’était [un label], mais entre raconter ce que tu crois ce que c’est qu’un label et le vivre au quotidien, il y a encore un gap !”

Créer un label : pour qui, pourquoi ?

Quelles sont les missions d’un label ? Quels sont leurs moyens d’action ?
Quelles compétences spécifiques doivent-ils mettre en oeuvre pour soutenir les parcours artistiques qu’ils défendent ?

“On se retrouve souvent à tout faire puisqu’on est le premier ou le seul partenaire d’un artiste”

Quelles actions, quelles démarches reste-t-il à inventer pour soutenir les labels, acteurs-clés de la filière musicale ?

“On a aussi une parole à porter, faire valoir l’existence de ces labels indépendants”
“Aujourd’hui, dans les dispositifs d’aide au niveau local, la musique enregistrée est encore peu présente et peu soutenue”

L’activité d’un label s’inscrit évidemment dans une chaîne de production complexe.
La question de la relation des labels aux disquaires était donc indispensable ; quelles relations construisent-ils ?

“On est des indépendants, et surtout on est inter-dépendants. Les disquaires revivent ces dernières années avec le retour en force du vinyle [mais] il y a un travail à faire pour valoriser ce travail de passionnés avant tout”
“Ils sont au bout de la chaîne, nous on est pas si loin avant eux, il faut absolument qu’on arrive à renforcer nos liens”

Blossom : un dispositif innovant en faveur des développeurs d’artistes

Parmi les actions de soutien mises en place en faveur de la filière musicale, le Polca et la Fédélab ont monté le dispositif “Blossom”, qu’on avait aussi évoqué avec Rodolphe Rouchausse. Le Centre National des Variétés (aujourd’hui Centre National de la Musique), l’état et la région Grand Est (par le biais de la DRAC) ont lancé un appel à projets pour imaginer des actions de soutien aux développeurs d’artistes, avec une entrée “formation professionnelle”.
Comment s’est créé ce dispositif ? En quoi consiste-t-il ?

“On a d’abord sondé nos adhérents et effectué un travail de repérage …”

Aujourd’hui, une vingtaine de structures bénéficient de ce programme de soutien et de professionnalisation.
Parmi les formations, quatre axes se dessinent. Des formations initiales en commun pour apporter des acquis théoriques fondamentaux, des formations approfondies “à la carte”, un accompagnement individuel sous forme de tutorat, et un accompagnement “sur les salons professionnels et les festivals où se réunit la filière musicale”.

“L’idée, c’est d’amorcer une dynamique et de la faire perdurer dans le temps.”

Un comité de suivi composé de professionnels du secteur (Fanny Kammenthaler de la plateforme Artefacts-Laiterie, Pierre Chaput de l’Espace Django, Pierre Bertrand de la Boîte à Musique, Guillaume Gontier de la Cartonnerie et Rodolphe Rouchausse du Polca) participe au parcours Blossom. Il étudie les démarches des développeurs d’artistes accompagnés et prospecte sur la région pour recenser les multiples acteurs du secteur.

“On trouvait que le croisement de regard de ces différents professionnels permettait de dépasser nos réseaux à nous”

Et un optimisme à toute épreuve …

Tandis que l’activité musicale reprend peu à peu, dans un contexte sanitaire encore délicat, Joël Beyler conclut cet entretien sur une note positive :

“Il faut que le public revienne aux concerts, continue à acheter des disques, des places de spectacle … les voyants sont au vert pour imaginer ce monde d’après dont beaucoup de gens parlent.”

Interview réalisée par Maylis Cerbelaud

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