Axel Tancray est l’un des fondateurs de META, association basée à Metz. Musicien sous le pseudonyme Ginger McCurly, mais aussi professeur de piano, Axel participe aussi aux activités de META en aidant les artistes à trouver des dates de concert et développer leur activité artistique.

Le manifeste de META

META veut bâtir un écosystème favorable aux artistes qu’elle soutient, les aider à peaufiner leurs projets, participer à leur diffusion, accompagner leur démarche.
diffusion
Trouver des dates de concert est toujours un exercice complexe pour un artiste, un groupe. META tente de faciliter cette démarche, tout en recherchant la cohérence de l’espace de concert avec le projet artistique défendu.
Même si cela semble de prime abord éloigné des préoccupations musicales, les questions administratives autour d’un projet artistique ne sont pas à négliger. En mutualisant des compétences pour les artistes qu’elle soutien, META permet d’éviter certains obstacles.
En fonctionnant tel un collectif, META encourage les collaborations artistiques, les échanges de vues sur les évolution du travail des uns et des autres. Cela permet, simplement, d’avancer ensemble.

Comment fonctionne l’association META ? Quelle démarche porte-t-elle et comment soutient-elle les artistes membres ? Et d’où est venue cette envie de créer une structure de booking et de diffusion ? On a posé ces questions à Axel Tancray, membre de META et musicien.

Une démarche artistique et administrative en faveur des musiciens

“On essaie de trouver des endroits qui artistiquement sont assez cohérents […] on essaie de faire un lien entre les lieux et les projets”

La forme collective était une évidence : les membres de META cultivent de nombreux liens avec Zikamine, la Cité musicale, la Boîte à Musique … Les musiciens sont souvent membres de plusieurs formations musicales au sein de META.

“Il y a une vraie collaboration interne”

D’où leur est venue cette envie, ce besoin de créer une structure telle que META ?

“Ce projet vient de ce constat : à Metz, sur tout ce qui est booking et diffusion, il n’y a pas grand chose […] on a voulu commencer à tâter le terrain avec nos projets”

Depuis, plusieurs projets du collectif ont trouvé des débouchés professionnels porteurs : le groupe Isacha participe cette année aux Inouïs du Printemps de Bourges ; Romain Muller, artiste electro-pop, a récemment été signé sur le label Alter-K.

“On essaie de trouver ce qui peut être le mieux pour les groupes : un label, un éditeur, un manager […], leur constituer une environnement pour qu’ils puissent avancer dans le bon sens”

Un attachement particulier au territoire messin, dans un contexte compliqué

Axel évoque aussi son attachement à la ville de Metz, territoire foisonnant de talents :

“On a envie de revendiquer la musique messine, la “Metz Touch” “

Cette situation géographique particulière leur donne accès, à un niveau régional, à différentes opportunités pour les artistes de META.

“On a l’avantage, entre Nancy, Strasbourg et même le Luxembourg, d’arriver à échanger avec les programmateurs de ces salles-là”

Cependant, le contexte de pandémie et d’arrêt des spectacles implique des changements majeurs dans leur activité, changements déjà perceptibles auparavant :

“C’est de plus en plus dur de placer un artiste [sur une première partie], même les salles n’ont plus vraiment leur mot à dire là-dessus […] Si les concerts reprennent l’année prochaine, ça va être encore plus dur de réussir à se placer”

On évoque bien sûr la question des revenus (ridicules) du streaming, l’envolée des prix des places de concerts …
Comment les revenus des artistes ont-ils été impactés avec l’essor du numérique ?

“Il y a pas de solution particulière, à part essayer de jouer le plus possible […] On est une équipe très solidaire, et malgré cette année particulière on arrive à avancer”

La vie d’artiste musicien aujourd’hui : une polyvalence permanente nécessaire

META soutient des artistes dont les démarches impliquent souvent d’être extrêmement polyvalents :

“Il y a beaucoup de musiciens slasheurs, qui ont trente-six mille casquettes, qui ont leur propre label, qui mixent eux-mêmes …”

Quelle est la place du collectif dans ces démarches artistiques ?

“C’est toujours mieux quand quelqu’un d’extérieur au projet en parle et le vend […] Il y a pas mal de choses à penser, la logistique, la technique, tout ce qui est financier ; c’est assez difficile en temps qu’artiste de devoir à la fois préparer son live et penser à tout ça”

META suit et accompagne à l’heure actuelle neuf artistes ou formations artistiques, grâce aux compétences des membres fondateurs et des membres du bureau.
Certains ont développé ces compétences “sur le tas”, par la pratique ; d’autres ont suivi des formations professionnelles (notamment la licence Production Administration Musiques Actuelles).

“Petit à petit, en communiquant sur Metz, le catalogue s’est constitué”

Le régime des intermittents du spectacle ou l’associatif, solutions à la précarisation des artistes

Le statut d’intermittent du spectacle, qui permet aux artistes d’être salariés des salles où ils jouent, est un idéal à atteindre pour la plupart d’entre eux.

“C’est un statut certes compliqué à acquérir, mais qui est génial, je pense un peu unique dans le monde […] mais un peu tous les ans remis en cause”
“C’est à la fois une chance en France, ce statut d’intermittent, mais il faut oser se lancer dans cette aventure là”

Cependant, la plupart des artistes membres de META poursuivent un travail alimentaire parallèle à leur démarche artistique, parfois dans le secteur culturel ou musical.

“La plupart sont encore dans le cas où à côté ils travaillent, on a quasiment que des artistes émergents ou en voie de professionnalisation”

Quelles solutions le collectif META a-t-il trouvé à la diminution drastique des jauges et des concerts ?

“On a essayé de faire tourner ces projets de DJ, de proposer juste des DJ sets, ce qui est clairement plus facile à proposer techniquement, pour rencontrer les gens, les structures, créer des contacts, planter des petites graines à droite à gauche”

Axel cite en particulier les formations de producteurs/DJ Baguette et Duel.
Les formations comme Instase et Melatonine, projets pop ou rock plus hybrides, se sont recentrées sur la composition pendant cette période.

Quel soutien des pouvoirs publics le collectif META reçoit-il ?

“Avec META on s’est plutôt débrouillés tous seuls, il y a un peu cette règle à la ville de Metz d’attendre un an”

Cependant, le réseau des membres de META leur permet une très bonne connaissance des acteurs des musiques actuelles sur le territoire.
Ce qui d’ailleurs les amène à de nouveaux projets, comme l’association en construction La Manivelle :

“On a monté une association qui s’appelle la Manivelle, qui va rassembler Zikamine, META, Kultur’a’Vibes, Eben Prod et Cocomachine […] l’idée c’est de créer un noyau central à Metz”
“Meta c’était l’idée de rassembler des artistes pour être plus forts ensemble, là on va rassembler des structures pour être plus forts ensemble”

Accompagnées en ce sens par la Cité Musicale de Metz, ces structures, complémentaires dans leurs activités, cherchent ainsi à la fois à développer leur visibilité, partager des compétences et mieux soutenir, ensemble, la sphère musicale de Metz.

“Ce projet était un peu initié par la Cité musicale, l’idée s’était de s’émanciper et de devenir autonome en créant cette structure”

Quelles optiques pour l’avenir ? Quelles activités META prévoit-elle dans les prochains temps ?

“On va faire une journée de rencontres pros aux Trinitaires à Metz le 28 novembre […] l’idée c’est que les structures, les artistes puissent rencontrer des pros”

Image : Kevin Bren

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