Innovation : des outils pour mesurer l’empreinte carbone des événements culturels

communiqué

Lauréates des services numériques innovants lancés par le ministère de la Culture, deux initiatives entendent mesurer l’empreinte carbone des événements musicaux.

Des musées aux théâtres, du spectacle vivant aux arts visuels, la transition écologique est aujourd’hui inscrite dans la feuille de route de tous les secteurs culturels. Des solutions durables, au potentiel réel mais encore trop peu partagées ou diffusées dans les filières, ont ainsi besoin d’un accompagnement pour se déployer de façon significative.

Parmi ces solutions, certaines font appel au numérique avec l’utilisation de la technologie au service de la maîtrise des impacts environnementaux des événements culturels. Deux projets, fruits d’une collaboration entre une entreprise et un acteur du monde culturel, ont été lauréats de l’édition 2022 de l’appel à projets Services numériques innovants, lancé par le ministère de la Culture (voir encadré), qui soutient l’expérimentation de nouvelles solutions dans le secteur de la culture, accompagne la transformation de l’offre culturelle et soutient les acteurs du secteur à fort potentiel de développement et d’innovation.

So Watt ?! met le cap sur les énergies vertes

Un système de diffusion sonore qui marche à l’énergie solaire, des remorques faites de panneaux photovoltaïques capables de faire fonctionner une scène entière pendant un concert… Petit à petit, le monde de la musique se met au vert et met en place des solutions moins impactantes pour l’environnement. « Beaucoup d’organisateurs commencent à prendre en compte les questions de gestion des déchets, du transport des artistes et du public, de l’eau. Nous, nous travaillons sur la gestion de l’énergie, explique Zoé Lebard, directrice générale de l’entreprise MobilVolts, basée dans les Alpes-Maritimes et qui a investi dès 2016 le créneau de l’énergie solaire dans l’organisation d’événements culturels. Le principal frein, c’est l’inconnu. Cette technologie est peu déployée car il y a beaucoup d’idées reçues : elle ne fonctionne pas, ou l’autonomie n’est pas assez grande. À cela, nous répondons que l’on dimensionne nos systèmes sur mesure et que l’efficacité est supérieure à celle des groupes électrogènes. »

Outre ces premières solutions, l’entreprise a voulu aller plus loin et a fait appel au label lyonnais Jarring Effects, déjà engagé depuis plusieurs années dans sa transition écologique aussi bien sur la partie phonographique que scénique avec des disques faits avec de l’encre végan, des vinyles où le PVC est remplacé par du zinc mais aussi une série de concerts plus écoresponsables avec un travail sur la fiche technique et sur les modes de déplacement des artistes. « Nous avons également mis en place une scène avec le son et la lumière alimentés par MobilVolts avec au final une alimentation largement excédentaire pour couvrir tout le concert », se souvient David Morel, président de SPRWD – ou Audio Activistes Associés – structure adossée au label et centrée sur le spectacle vivant. Le concept fonctionne, encore faut-il convaincre les professionnels. « Il y a la question du juste équilibre : comment offrir un spectacle de qualité tout en étant sobre énergétiquement ? Louer un générateur, c’est certes moins cher à la location mais ça pollue plus. Les professionnels sont partants mais pour passer à la pratique, c’est plus compliqué. »

MobilVolts et Jarring Effects ont donc imaginé il y a un an So Watt ?!, un projet de simulateur à destination des professionnels afin qu’ils puissent jauger la production énergétique de leurs spectacles. Ce simulateur va aussi créer des « profils » en fonction du type de musique ou des conditions météorologiques. Ne reste plus qu’à collecter les données permettant d’établir une première base et d’établir ces différents profils. Cela se fera lors d’une série de concerts, avec l’aide de 32 capteurs placés à des points stratégiques et permettant de mesurer en temps réel la quantité d’énergie consommée. Les données récoltées alimenteront So Watt ?!, qui prendra ensuite la forme d’un logiciel ergonomique et synthétique.

L’électricité n’est pas un flux infini et c’est ce qu’on essaie de faire comprendre

Pour le concevoir, les deux entités ont travaillé avec les étudiants de l’école centrale de Lyon. « Il pourra être utilisé par quelqu’un qui n’est pas un technicien mais qui travaille dans le secteur de l’événementiel », reprend Zoé Lebard. Cet outil est aussi un instrument de prévention puisqu’il pourra être utilisé en amont par les organisateurs afin d’estimer la consommation et ajuster au mieux le matériel électrique – voire passer aux énergies renouvelables- et être conseillés. « Souvent, les groupes électrogènes sont surdimensionnés par rapport à l’événement pour ne pas le surcharger. Or, l’électricité n’est pas un flux infini et c’est ce qu’on essaie de faire comprendre », poursuit Zoé Lebard.

Ce simulateur est la première brique de la maison écologique que veut construire MobilVolts. Une fois l’outil développé, il aura vocation à se déployer sous forme de « wattmètre intelligent », y compris auprès du grand public qui pourra se renseigner sur l’impact carbone des lieux qu’il fréquente. Une dernière étape avant la fabrication d’une scène solaire sur remorque, totalement autonome et capable d’être performante même sur les terrains isolés.

Impact(s) mise sur la concertation

L’association BMA – pour Blockchain my Art – a elle aussi décidé de s’attaquer à l’impact carbone des événements culturels. Cette association, liée à la création de plusieurs festivals en Allemagne, aux Pays-Bas et en France à Toulouse, a d’abord mis au point un outil de mesure de transparence financière dans la gestion des festivals, nommé Fairly. Pour cela, l’association s’est appuyée sur la méthodologie de la « chaîne de blocs », c’est-à-dire une grande base de données partagée et alimentée par tous ses utilisateurs.

Après ce premier outil, l’association a voulu s’intéresser cette fois-ci à l’impact écologique des événements musicaux. « Nous avons côtoyé beaucoup d’acteurs de ce milieu et le sujet du développement durable est tout de suite apparu comme primordial. Nous constatons aujourd’hui une volonté des institutions de soutenir des projets qui travaillent sur ces questions. C’est un bon signe que le ministère de la Culture considère notre projet comme une solution innovante, cela nous confirme que c’est le bon moment d’agir », constate Maxime Faget, l’un des cofondateurs.

Comme pour So Watt ?!, BMA s’attache aujourd’hui à lever les derniers freins, notamment celui d’une méthode d’analyse commune à tout le domaine. « Certains secteurs comme l’agroalimentaire ou le textile sont déjà bien avancés avec des grilles bien établies et des informations qui circulent vite. Dans la musique, c’est plus compliqué car il n’y a pas de cadre commun. Les études d’impacts ne sont pas abordables pour tous les festivals donc il faut travailler sur cette accessibilité. » C’est tout l’objectif du projet Impact(s). Première étape, établir une méthodologie de calcul. Pour cela, BMA a misé sur la concertation. « Pour que cette méthodologie soit légitime, il fallait consulter le secteur. L’objectif est de lister tous les critères qui font sens afin d’établir une liste qui va constituer la base de données », constate Maxime Faget, l’un des cofondateurs.

L’association s’est donc appuyée sur un réseau de six fédérations en régions. Depuis le mois de juin, un cycle de tables rondes régionales réunissant des professionnels comme gérants de salles et de festivals est organisé pendant plusieurs mois pour lister ces critères et esquisser une méthodologie prenant en compte la diversité de contextes et d’acteurs. « Selon que l’on soit en milieu rural ou urbain, les critères ne sont pas les mêmes », poursuit Maxime Faget. D’autant plus qu’Impact(s) veut prendre le développement durable au sens très large du terme en s’appuyant sur ses trois piliers : environnemental, social et territorial. L’outil pourrait donc prendre en compte des thèmes très variés comme les écarts de paiement entre hommes et femmes ou encore le rayonnement de l’événement sur l’écosystème local. « Cela demande donc beaucoup de débats car il faut déterminer quel poids un critère aura dans l’indicateur », poursuit Maxime Faget.

Au terme de la première partie de ces concertations régionales, la deuxième étape sera amorcée avec l’élaboration d’une première version de l’outil selon une méthode de calcul prenant en compte les différents critères. Fidèle au principe de la « chaîne de blocs », BMA va élaborer puis mettre en ligne le calculateur, qui sera amené à être affiné par la seconde partie des réunions, à l’automne. Le tout prendra une forme hybride, entre logiciel, application mobile et site internet qui pourra s’ouvrir, à terme, à toutes les structures artistiques comme les théâtres ou les musées.

L’appel à projet Services numériques innovants

Lancé en 2012 par le ministère de la Culture, l’appel à projets Services numériques innovants soutient l’expérimentation de nouvelles solutions numériques dans le secteur de la culture. Cette année, pour sa cinquième édition, le comité de sélection a choisi seize projets parmi les 81 candidatures. Chaque porteur de projet devait présenter une « preuve de concept » en partenariat avec un acteur culturel.
Ces lauréats représentent la diversité des secteurs culturels, allant du patrimoine muséal au spectacle vivant en passant par le cinéma. Les projets proposés s’adressent autant aux publics qu’aux professionnels et proposent des usages variés du numérique tels que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faciliter la captation de concert ou le recours au web sémantique pour favoriser l’insertion professionnelle des étudiants en art.

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