Langue Pendue est un fanzine créé en 2018 par Renaud SACHET, critique musical passionné de musique francophone. Nous avons échangé longuement de la scène musicale francophone mondiale, des trouvailles linguistiques qui renouvellent la langue à travers la musique, des origines de ce fanzine et des croisements créés avec le milieu à la fois confidentiel et hyperactif de la critique musicale.
Interview réalisée par Maylis Cerbelaud

Dans Langue Pendue, j’évoque mes vieilles lunes (Lithium, la noisy pop, l’anorak pop des années 90), et mes nouvelles obsessions, des groupes et des styles actuels qui m’intéressent (les musiques ultramarines, le rap autotuné, le metal…). Tout cela par le biais des textes que j’essaie de mettre en valeur car je me concentre sur la musique chantée en français. Ce qui ne veut pas dire forcément musique française. Par exemple, au sommaire de LP4, on trouve Domenique Dumont (un groupe letton qui chante dans un français étrange) ou bientôt, j’essaierai de parler du franponais (le terme n’est pas de moi), cette langue exotique dans laquelle écrivaient certains groupes japonais dans les années 80. La langue française est aussi très plastique, très large dans son expression, je pense au créole bien sûr, au rap évidemment ou à des gens comme Thousand, dont l’écriture est magique. Il y a des numéros avec des textes plutôt d’historien amateur (sur Kid Vynnyl, sur le label Lithium, Newell, les Scoubidous…), et d’autres où je m’entretiens avec des groupes qui font l’actualité souterraine ou pas (LL❦, Maria Violenza, Yves Bernard, Mili et dYmanche, Aya Nakamura, Trotski Nautique, Thousand, Fange, Danse avec les shlags, Thomas Pradier, Lispector…). Je fais ça de façon instinctive, quand je découvre un truc sur le net, ou en concert et que ça me parle, j’y vais, je contacte les gens via les réseaux sociaux. J’ai adossé au fanzine aussi un mini label de cassette : d’un côté des rééditions (Kid Vynnyl, Les Scoubidous), de l’autre, des jeunes, du présent (LL❦, j’espère bientôt Jorrdee et Sinaïve (que j’ai découvert grâce à Musiques Actuelles soit dit en passant)). Je vais essayer de garder cette dialectique. Langue Pendue est aussi un journal intime, Nicole, ma fille de 12 ans, dirait un Bullet Journal, qui documente ce que j’écoute, et qui me permet de mettre pause sur le flux énorme de nouvelles choses qui sortent tous les jours. Quant à sa création, c’est une longue histoire qui vient de discussions que j’ai depuis 30 ans avec un ami, Joël Danet, et qui reviennent obstinément sur notre langue d’expression. Langue Pendue est une étape de cette discussion, où j’ai tergiversé, fait fausse route, changé d’avis et retourné ma veste. Pour la forme, le « retour » au papier, c’est une envie de revenir à des choses que je faisais dans les années 90, mes premiers fanzines (Scool, Guiding Star, Super G, Everyday Is Like Sunday…), le fameux format A5. Je prépare un autre journal, que j’aimerais plus régulier, dans une forme qui rendra hommage au New Musical Express et au Melody Maker qui ont accompagné mon adolescence, et qui sera sur la même ligne éditoriale que Langue Pendue, ça peut paraître un peu désuet, mais pas tant que ça, quand on voit que certains webzines musicaux pensent à une version papier de leur site.

X
X