Depuis les annonces du président de la république du 13 avril, tous les festivals devant se dérouler avant le 15 juillet sont annulés ou reportés. Jean Loup Coquillard, directeur du festival des Moissons Rock à Juvigny (51) nous explique comment l’équipe a géré cette situation et ses conséquences sur l’avenir de l’association.

Quelles sont les raisons qui ont motivées la décision d’annuler le festival avant même l’annonce du gouvernement ?

Jean-Loup : Dans un premier temps, nous n’avons pas annoncé l’annulation du festival. Nous étions sur un report ou une annulation en attente d’une décision gouvernementale. Depuis la déclaration du Président lundi 13 Avril, le report ne sera pas possible.

Quelles sont les conséquences de l’annulation sur le projet de l’association ?

J-L : Le projet de l’association repose sur l’organisation du festival donc cette année sera une année blanche pour l’association. Nous avons engagé, depuis septembre 2019, la passation de responsabilités au sein de l’association. Les anciens et les jeunes ont bien travaillé jusqu’à présent pour préparer cette édition que personnellement, j’avais envie de déguster et de savourer au maximum. Pour les jeunes, c’est aussi une grosse déception et un drôle de baptême du feu. Mais nous n’allons pas baisser les bras, ce n’est que partie remise. Nous allons continuer le processus de transmission même si, sans festival, il va être fortement ralenti. Financièrement, il est difficile de chiffrer les pertes : les salaires, les frais engagés, les incertitudes sur le maintien des subventions et sur le mécénat ainsi que sur le remboursement des acomptes aux productions des artistes . L’association n’a pas comme d’autres structures des subventions de fonctionnement. Le festival, qui reçoit 12% d’aides publiques, finance ses salariés (3/4 ETP). L’annulation entraine la perte des salaires et charges pour l’association et fragilise sa trésorerie. Dans le meilleur des cas, nous pourrons faire une édition en 2021, mais à l’heure actuelle nous n’avons aucune certitude sur l’avenir de notre projet. La disparition du festival est envisageable. Il est évident qu’il sera aussi plus difficile et beaucoup moins confortable de mettre en œuvre la transmission l’an prochain. Notre trésorerie qui devrait être forcément impactée, ne nous laissera pas le droit à l’erreur.

Comment sont vos relations avec les productions des artistes ?

J-L : Nous n’avons pas eu de contact pour le moment avec les productions. On espère que vu la situation sanitaire, elles joueront le jeu et que nous pourrons récupérer la totalité des acomptes versés.

Est-ce que vous avez des échanges avec les partenaires du festival également grandement impactés ?

J-L : Nous avons eu quelques retours de nos partenaires privés qui dans l’ensemble continuerons à nous soutenir. Leurs témoignages nous ont réconfortés et nous tenons à les remercier du fond du cœur. Nous avons de la chance d’avoir des partenaires aussi fidèles. Nous attendons la position des partenaires institutionnels sur le maintien des subventions. La commune de Juvigny a maintenu son soutien financier. Les aides actuellement proposées par la Région Grand Est et le Département de la Marne sont des prêts. Elles nous permettraient de passer le cap plus facilement mais nous pensons que cela n’est pas souhaitable dans notre processus de passation. S’endetter aujourd’hui serait une pression supplémentaire pour la nouvelle équipe dirigeante.

Quelles sont les mesures qui pourraient limiter les dégâts du festival provoqués par cette crise ?

La mesure la plus important serait le maintien des subventions de la région Grand Est et du département de la Marne. Un dossier de demande au fonds de secours va être déposé. Le dispositif de chômage partiel a été mis en place depuis le début du confinement. Nous allons solliciter nos partenaires, en espérant que certains reconduisent leur soutien financier. Nous avons aussi reçu le soutien de quelques festivaliers qui ont fait don du montant de leur billet. Nous les remercions chaleureusement et allons encourager cette démarche de soutien. Toutes ces mesures vont, nous l’espérons, permettre de minimiser les dégâts sur notre trésorerie et pouvoir envisager que l’aventure, commencée il y a 25 ans, continue…


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